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La colère fait partie des 6 émotions fondamentales (répertoriées par Darwin) avec la joie, la surprise, le dégoût, la tristesse et la peur. Plus tard dans l’histoire, Paul Ekman fera grossir cette liste jusqu’à 16 émotions de base. Tout l’été, je vous propose une petite balade au sein de ces émotions qui ne sont pas l’apanage de l’espèce humaine.

Tout le monde a déjà pu observer des personnes d’âges, de conditions et de cultures très différentes se mettre en colère. Même si on ne connait pas personnellement un individu, il est très facile de savoir s’il est en colère ou pas en se basant sur un certain nombre de signes visuels et auditifs : il parle fort et vite, son visage est rouge, ses sourcils froncés, sa mâchoire est tendue, il a tendance à faire de grands mouvements avec les bras.

La colère est universelle ! Mais attention, on peut apprendre à en maîtriser les aspects les moins socialement admis. Et c’est sans doute là le point le plus intéressant en ce qui concerne les émotions : alors que leur ressenti est sans doute inscrit dans notre patrimoine génétique, les motifs de déclenchement et les règles d’expression sont culturelles.

On ne peut donc pas gérer nos émotions mais apprendre à contrôler les facteurs déclenchant et choisir des modes d’expression acceptables pour nous et pour les autres.

Les manifestations physiques de la colère

Parmi l’éventail assez large de sensations associées à la colère, on peut lister la tension musculaire, l’accélération du rythme cardiaque et de la fréquence respiratoire, l’augmentation du tonus musculaire (dans les bras notamment – notre cerveau nous prépare à la bataille), la dilatation des vaisseaux périphériques (rougeur du visage), l’augmentation de la tension artérielle etc.

Un état de colère répété va donc impacter la sphère cardio-vasculaire et peut, à la longue, avoir des conséquences dramatiques sur la santé d’une personne

A quoi sert la colère ?

Comme toutes les émotions, la colère est utile parce qu’elle nous indique qu’un de nos besoins fondamentaux n’est pas satisfait. Cette émotion fait partie de nos instruments de contrôle exactement comme un voyant sur un tableau de bord. Il est humain et normal de ressentir de la colère. de temps à autre.

La colère assure deux fonctions principales et complémentaires :

  1. impressionner un adversaire (afin d’éviter le combat)
  2. préparer notre corps à se battre (si nous y sommes contraints)

Il est coûteux de se battre, alors si on peut éviter de le faire, on est gagnant sur tous les plans. Dans la plupart des espèces animales, on assiste aux mêmes scènes. L’un des protagonistes ressent de la colère, il la manifeste de manière démonstrative, l’autre choisit alors de continuer à s’opposer ou au contraire de se soumettre. S’il choisit la soumission, le conflit physique est évité et chacun peut continuer son petit bout de chemin. S’il ne plie pas face à la démonstration de force et de puissance, les deux belligérants se battent. Il en sortira alors un vainqueur et un vaincu qui n’aura plus qu’à admettre sa défaite et à faire profil bas.

Nous (les humains) fonctionnons exactement de la même manière. Voici un petit exemple : cela fait un petit moment que vous tournez sur le parking pour trouver une place, vous en apercevez une de loin, vous accélérez et pile au moment où vous vous apprêtez à vous garer, vous êtes coiffés au poteau par un autre automobiliste. Vous vociférez, vous forcez le passage, vous pouvez même sortir de la voiture en criant et en agitant les bras. Si l’autre vous répond sur le même mode et ne reconnaît pas votre puissance, la bataille semble inévitable.

Pourquoi nous mettons-nous en colère ?

Bien entendu, la colère est le résultat d’une frustration (un de nos besoins fondamentaux est malmené). Nous la ressentons quasiment instantanément dans les situations :

  • que nous jugeons indésirables
  • qui sont le fait de l’intention délibérée d’une autre personne
  • qui sont fondamentalement opposées à notre système de valeurs
  • que nous pensons pouvoir modifier grâce à notre réaction de colère.

Il se peut toutefois que toutes les cases ne soient pas cochées et que nous nous mettions en colère alors que le caractère intentionnel de la faute (du manque de respect, de l’humiliation…) ne soit pas réel. Si votre collègue renverse son café sur votre veste ou sur votre clavier, cela peut provoquer votre colère alors même que la personne n’avait sans doute pas l’intention de vous nuire.

Faut-il contrôler sa colère ?

La réponse n’est pas aussi évidente qu’il y paraît.

Un des aspects les plus importants à considérer et que nous avons déjà évoqué plus haut, c’est qu’on ne peut pas contrôler l’émotion en tant que telle. Lorsqu’on est en colère, on ne peut pas, d’un coup de baguette magique, cesser de ressentir les manifestations physiques et les pensées afférentes à cette émotion.

Ce qu’on peut contrôler par contre, face à une situation qui nous énerve, c’est la façon dont on va communiquer notre colère.

Le poids de l’apprentissage

Les modes d’expression de cette émotion sont largement dépendants de la culture, du contexte et de la personnalité de chacun. Dans certains milieux, il est admis (voire encouragé) de montrer son irritation en utilisant la gamme des manifestations de la force physique. Au sein d’autres groupes sociaux, au contraire, ce type de comportement est fortement stigmatisé au profit de la parole. Dans certaines familles encore, ni l’une ni l’autre de ces attitudes n’est acceptée parce qu’on attend des individus qu’ils taisent et qu’ils cachent toute expression d’un quelconque ressentiment.

L’environnement dans lequel on a grandi impacte donc durablement nos comportements et il est très difficile (mais pas impossible) de modifier nos habitudes.

Nos mécanismes de défense

Christophe André et François Lelord dans leur livre La force des émotions répertorient les mécanismes de défense les plus courants face à une situation qui provoque notre colère :

  • le passage à l’acte : insultes et/ou combat
  • le déplacement : c’est quelqu’un ou quelque chose d’autre qui prend
  • la régression : passer ses nerfs en comblant un autre besoin (souvent le besoin de réassurance – comme le petit qui tête non pas pour se nourrir mais pour être calmé par sa mère)
  • la rêverie : fantasmer qu’on règle la situation
  • la somatisation : c’est notre corps qui exprime notre colère à travers une douleur quelconque, malgré nous
  • l’isolation : on se coupe de nos ressentis, on est comme anesthésié
  • la formation réactionnelle : on intériorise tellement l’obligation de soumission à la situation ou à la personne qu’on nie totalement notre ressenti
  • la rationalisation : on justifie a posteriori la soumission dont on a fait preuve par des arguments qui paraissent intellectuellement logiques
  • la dissociation : notre corps ne suit pas et peut provoquer un malaise vagal
  • la projection : on projette notre ressenti sur l’autre en imaginant que c’est lui qui ressent de la colère à notre égard

Rester en colère, c’est comme saisir un charbon ardent avec l’intention de le jeter sur quelqu’un : c’est vous qui vous brûlez. Siddhârta Gautama (Bouddha)

Les trois dernières stratégies (ou mécanismes de défense) listées par les auteurs sont aussi considérées comme les seuls moyens adultes et matures d’affronter sainement sa colère :

  • la sublimation : on détourne sa colère en la transformant en un acte créatif (qui ne se limite pas à l’art)
  • la suppression : on décide consciemment de prendre du recul et de ne pas se laisser envahir de nouveau
  • l’humour

Comme vous pouvez le constater, ces trois dernières options ne peuvent être choisies que si l’individu a reconnu son état, qu’il a mis des mots dessus (au moins en pensée). Sublimer, supprimer ou en rire participe d’un choix conscient et délibéré, contrairement aux autres mécanismes de défense qui sont à l’oeuvre malgré nous en quelque sorte.

Contre qui nous mettons-nous en colère ?

Il a été montré que nous avons plus tendance à nous mettre en colère contre des personnes que nous estimons plus faibles que nous, quel que soit le plan considéré : physique, psychologique, hiérarchique… Avec les autres, ceux que nous jugeons plus forts, nous choisissons plus souvent la soumission. Evidemment, il y a des exceptions qui sont souvent liées au tempérament de chaque personne : unetelle sera plus combative, untel sera plus soumis…

Peut-on être malade de la colère ?

Oui ! Et de deux manières différentes : soit parce qu’on ne sait pas l’exprimer et/ou qu’on ne s’en accorde pas le droit, soit parce qu’elle déborde de nous à tout moment sans contrôle. Mais quelle qu’en soit la forme, c’est bien parce qu’il ne nous est pas possible de l’exprimer de manière adulte (comme nous venons de le voir plus haut).

Il existe donc des personnes véritablement inhibées ou envahies par la colère.

Il est tout à fait possible et souhaitable d’entamer un travail sur soi pour apprendre à exprimer son ressenti de façon à respecter nos besoins sans étouffer ceux des autres.

Peut-on agir sur les déclencheurs de la colère ?

Oui mais là encore le travail peut être long. Il s’agit déjà de bien identifier le problème et de se poser les bonnes questions :

  • Qui provoque systématiquement notre colère ? Que pensons-nous des intentions de cette personne ? Ne sommes-nous pas en train d’affabuler, de projeter ?
  • Quelles situations nous font sortir de nos gonds ? Pourquoi ? A quoi cela renvoie-t-il dans notre histoire ? Quelle corde sensible est-elle pincée ? Quelle valeur est-elle bafouée ?

Remettre en cause l’ordre établi (c’est-à-dire nos comportements stéréotypés, appris et exercés souvent depuis l’enfance) n’est pas chose facile mais cela vaut le coup.

Alors finalement, la colère ? Positive ou négative ?

Si vous m’avez lu, vous devez savoir ce que j’en pense… A vous maintenant de vous exprimer !

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