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L’épanouissement personnel est souvent considéré comme un droit. Après une rapide définition de ce concept, je développe la thèse selon laquelle l’accomplissement de soi est également un devoir pour chaque être humain.

Que signifie l’expression “épanouissement personnel” ?.

Depuis plusieurs décennies, on nous rebat tellement les oreilles avec le “développement personnel” que le terme a beaucoup perdu de son sens initial. De très nombreux coachs, thérapeutes, formatrices, professeurs de yoga et autres conférencières se sont engouffrés dans la brèche de la recherche du bien être et pas toujours de façon heureuse.

D’ailleurs aujourd’hui, lorsque quelqu’un nous dit qu’il travaille dans le “développement personnel”, nous avons tous tendance à être sur nos gardes. Les plus optimistes d’entre nous se contenteront d’un regard goguenard, les autres, plus méprisants ou plus peureux, s’imagineront parfois qu’il ou elle joue les gourous au sein d’un petit cercle d’allumé.es du bocal.

Faut-il toutefois jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Je ne le pense pas. Dans cet article, j’utiliserai indifféremment les termes “développement” et “épanouissement personnel”, “auto-actualisation”, “accomplissement” ou encore “réalisation de soi”.

En effet, depuis les années 60, les autrices, chercheurs et praticien.nes se sont succédé et chacun a inventé (ou remis au goût du jour) son propre vocabulaire pour désigner à peu près le même objet.

Pour moi, l’épanouissement personnel est cette force plus ou moins puissante qui pousse chaque être humain à élever son niveau de compétences, de connaissances, la qualité de ses expériences et de ses ressentis.

Pour aller plus loin, je vous conseille de lire cet article de wikipédia consacré à ce sujet et notamment la section qui traite des aspects historiques du concept de développement personnel.

L’épanouissement personnel est-il réservé à une élite ?

Beaucoup de personnes considèrent que chercher à s’accomplir en tant qu’humain est un luxe réservé à une certaine catégorie de la population : des occidentaux d’abord, intellectuels, plutôt à l’aise financièrement et qui disposent de suffisamment de temps de loisirs.

Et c’est vrai que si on limite le développement personnel à la recherche de sa place dans le monde ou encore à l’exploration de son potentiel mystique, cette conception est très juste : la grande majorité des gens n’ont ni le temps ni l’énergie de se poser ce genre de questions puisqu’ils passent l’essentiel de leur vie à travailler pour vivre et/ou à se battre contre des systèmes oppressifs.

Mais là encore, je crois que penser la réalisation de soi de cette manière est une erreur. En effet, nous connaissons tous des artisans, des ouvrières, des paysan.nes, des employés, des hommes et des femmes au foyer… qui ont cherché (et réussi) à développer leur expertise dans leur métier ou dans une passion, qui sont fièr.es de leur “bel ouvrage”, de leur production, de leur minutie, de leur culture…

Parmi les exemples les plus “célèbres”, on peut citer l’association des compagnons du devoir, le facteur Cheval ou encore votre maraîchère préférée. Toutes ces personnes se sont épanouies via l’augmentation de leur compétences et de leurs connaissances.

Les sphères traditionnelles d’accomplissement de soi

Y a-t-il des disciplines, des domaines plus propices à l’épanouissement personnel ? La réponse est simple : non ! Tout ce qu’on peut apprendre peut être une source de réalisation de soi.

Nous pouvons toutefois dégager quelques sphères qui sont plus souvent investies que les autres (cette liste n’est pas exhaustive) :

  • le travail est sans doute le domaine le plus souvent cité – et c’est une des raisons pour lesquelles nombre de départs à la retraite se soldent par des dépressions (voir cet article par exemple)
  • la vie associative et bénévole peut constituer un ancrage de développement très intéressant
  • l’art évidemment mais aussi l’artisanat – qui est une façon de conjuguer le travail (=rémunérateur) avec l’épanouissement personnel
  • le sport
  • la vie familiale et l’éducation des enfants
  • les relations amoureuses

Le droit à l’épanouissement

La Cour Européenne des Droits de l’Homme a reconnu le droit à l’épanouissement et au développement personnel mais cela ne signifie pas que chaque personne peut disposer de ce droit au détriment des autres.

L’autodétermination et la libre disposition de son propre corps ne sauraient bien évidemment être des prétextes commodes à la soumission des uns.es par les autres ni s’opposer à la progression/transformation des droits de la famille au regard de l’évolution de la société.

Au contraire, c’est sans doute en opérant par ajustements successifs que les sphères intimes, privées, sociales, sociétales et culturelles pourront s’harmoniser et s’enrichir mutuellement.

Les principaux freins à l’épanouissement personnel

Il existe de nombreux freins à l’épanouissement personnel à tous les niveaux de représentation (de la plus intime à la plus large). Ainsi, quand des cultures refusent aux femmes l’accès à certaines activités, elles entravent le droit de ces personnes à s’épanouir.

Certaines traditions familiales peuvent également constituer des obstacles. Par exemple, si vous êtes l’aîné d’une famille de vignerons de “pères en fils”, vous pourriez très bien ne pas vous autoriser à choisir des études en dehors de ce secteur professionnel.

Par ailleurs, certaines personnes (pour des raisons psychologiques ou liées à leur milieu d’origine au sein duquel seul l’intérêt collectif compte) considèrent que chercher à se développer est égoïste. D’autres se brident parce qu’elles manquent de vison à long terme – souvent parce que leur éducation ne leur a pas permis de développer une conscience d’elles-mêmes suffisamment forte pour se projeter dans un futur “autre” que celui qui était tout tracé pour elles. Certaines encore, par méconnaissance, invoquent le manque de moyens financiers.

On le voit, il y a autant de freins à l’épanouissement que d’histoires singulières.

Et si s’épanouir était également un devoir ?

Lorsqu’on renverse la perspective toutefois, on peut commencer à concevoir que l’accomplissement de soi soit un devoir central dans la trajectoire de vie des individus.

Loin de la conception égoïste, certains êtres choisissent consciemment de développer leurs compétences et leurs connaissances pour aider les autres. C’est le cas de quasiment toutes les personnes qui œuvrent dans le champ de la santé, de l’assistance, du social ou encore de l’éducation. Utiliser ce qu’on a appris pour soigner ou permettre à d’autres de se développer à leur tour sont des voies d’auto-réalisation extrêmement fécondes. Ces personnes (médecins, psychologues, éducateurs…) ont d’ailleurs une obligation de formation tout au long de la vie. Et nous pouvons tout à fait, quel que soit notre secteur professionnel, décider de faire la même chose en enclenchant un processus de formation perpétuelle.

Se développer est également un devoir pour tous les parents (et toutes les personnes en charge de l’éducation des enfants) qui peuvent ainsi fournir aux plus jeunes ou aux plus fragiles des modèles (au sens américain de role model), des figures positives d’adultes accompli.es, ce qui leur permettra de se projeter plus facilement dans leur avenir.

L’auto-actualisation continue de ses membres est un indicateur de bonne santé d’une communauté. En apprenant, en se remettant en cause, en questionnant ses a priori ou ses valeurs, une communauté ne reste pas figée et évolue avec son temps. Une communauté qui encourage l’épanouissement personnel des personnes qui la composent pourra s’adapter à des changements imposés de l’extérieur.

Personne ne sait ce que sera le monde dans 10, 20 ou 100 ans mais élever le niveau général de compétences des êtres humains ne peut pas nous faire de mal. Bien au contraire, la méconnaissance des systèmes biologiques et climatiques qui a prévalu jusqu’à présent est en train de faire plonger l’humanité dans une période très sombre. Nous commençons à payer le prix de notre ignorance et de notre aveuglement. Chacun de nous a désormais le devoir de s’accomplir pour trouver des solutions aux problèmes que nous avons créés.

Les implications concrètes de cette perspective

Nous devrions donc :

  • chercher à nous développer par tous les moyens et dans tous les secteurs de notre vie
  • remettre perpétuellement en question nos connaissances et nos compétences de manière à évoluer sans cesse dans une sorte de mécanisme d’amélioration continue de nous-même
  • mettre en perspective nos apprentissages avec les besoins des autres : il ne s’agit pas d’exercer notre droit à l’accomplissement au détriment de celui des autres que ce soit au sein de notre couple, de notre famille, de notre communauté ou encore du monde dans son ensemble
  • tenir compte de notre âge, de nos contraintes physiques, psychologiques, financières… réelles ou imaginaires
  • le concept d’ikigaï peut nous aider à trouver notre voie d’accomplissement (article à venir sur ce thème)

Conclusion

S’épanouir est un droit et un devoir pour chaque humain. Ce n’est pas un laisser-passer pour faire n’importe quoi et uniquement ce qu’on a envie de faire. Ce n’est pas une autorisation à la flemmardise, à la domination de l’autre et à l’indifférence. C’est un chemin individuel qui peut permettre à l’humanité tout entière de progresser vers plus de sagesse et de respect.

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4 thoughts on “L’épanouissement personnel : droit ou devoir ?

  1. j’aime beaucoup cette notion de “devoir”,
    il est fréquent hélas de voir que certaines personnes ne se sentent pas concernées par le sujet de LEUR développement personnel, qu’elles considèrent comme se regarder le nombril D’autres aussi estiment que ce n’est pas pour eux ou qu’il y aurait trop de travail… Or, s’épanouir est possible pour tous, et accessible,
    merci pour ton article,

    1. Bonjour Caroline,
      Merci pour ton commentaire. Oui, c’est vrai que ce n’est pas très fréquent de voir les choses de cette façon mais je crois sincèrement qu’on gagnerait tous collectivement à se développer.
      A très bientôt,
      Marie

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