A quoi sert la tristesse ?

A part quelques âmes perdues, nostalgiques des grands romantiques du XIXème siècle, personne n’aime être triste. La tristesse est lourde à porter et tout le monde aimerait s’en débarrasser rapidement. Ce serait une grave erreur car, comme toutes les émotions, la tristesse a une fonction précise…

Qu’est-ce que la tristesse ?

La tristesse est un ensemble de symptômes (ou de troubles) qui sont à la fois mentaux, affectifs et physiques. Ils se manifestent de manière plus ou moins visible en fonction de notre caractère. Le ressenti de cette tristesse peut être très intense et restreindre notre qualité de vie. Parmi les symptômes les plus courants, on peut citer le fait de pleurer, de sentir un poids dans sa poitrine, de perdre l’appétit, de ne plus avoir envie de sortir, de voir ses amis…

Dans certaines familles, l’expression de la tristesse est proscrite. Les conséquences à long terme de ce type d’interdiction peuvent être très graves sur l’humeur et sa régulation à l’âge adulte. Ces enfants dont on a brimé cette expression naturelle deviennent des personnes qui masquent systématiquement leurs ressentis, qui les intériorisent et finalement, se coupent d’une partie de leur humanité.

Il est évidemment très important d’apprendre à exprimer ses émotions pour ne pas qu’elles débordent (et prennent toute la place dans sa vie). Mais c’est un apprentissage essentiel également pour qu’elles ne détruisent pas toute velléité d’évolution personnelle.

Les déclencheurs

Les déclencheurs de la tristesse sont multiples et dépendent de notre mode de vie et de nos valeurs mais tous ont en commun la notion de manque.

Quand on est triste, c’est comme pour beaucoup d’émotions, le signe que l’un de nos besoins fondamentaux est en souffrance. La tristesse apparaît lorsque quelqu’un ou quelque chose nous manque ou que nous avons l’impression de ne pas recevoir ce que l’on mérite.

C’est le cas évidemment lorsque l’on a perdu un être cher (réellement dans le cas d’un deuil ou symboliquement comme dans une séparation amoureuse, par exemple). Mais c’est aussi le cas lorsque nous pensons mériter de la reconnaissance, de l’attention ou encore du respect et que nous ne les recevons pas.

Et cet état de tristesse va perdurer tant que notre besoin n’est pas comblé.

Les Conséquences

La tristesse est un état à plusieurs dimensions où les individus perdent temporairement tout appétit pour ce qui constituait le sel de leur vie.

Les conséquences de la tristesse affectent plusieurs sphères autour et à l’intérieur de l’individu. Nous connaissons tous les effets psychiques et affectifs : la personne ne s’estime plus, ne prend plus soin d’elle, se sent nulle, pense qu’elle ne mérite plus d’être aimée. Elle perd tout intérêt pour des activités qui lui plaisaient auparavant. Mais elles peuvent également être sociales (comme le repli sur soi, par exemple, qui entraîne l’isolement) et gêner l’insertion professionnelle des personnes, par exemple. C’est une des raisons pour lesquelles il est tellement difficile pour les personnes qui ont été licenciées (parfois après de nombreuses années de bons et loyaux services) de se remettre rapidement à chercher du travail. Avant tout, elles doivent faire le deuil de leur ancien emploi. Malheureusement, les différentes réglementations en matière de chômage laissent de côté cet aspect du problème.

Les conséquences de la tristesse sont aussi parfois physiques : perturbations du sommeil (insomnie ou au contraire hypersomnie), de l’alimentation (la personne mange n’importe quoi, ne mange plus ou au contraire beaucoup trop)… Les larmes, les sensations d’étouffement sont très connues mais on peut également ressentir des douleurs articulaires, des problèmes de digestion ou encore des manifestations cutanées.

Mais il existe un cas où la tristesse est encore plus grave : le Tako-tsubo.

Le Tako-tsubo ou syndrome du cœur brisé est un cas extrême où certains individus meurent littéralement de tristesse. C’est un médecin japonais qui a observé ce syndrome pour la première fois (d’où son nom) en 1977. Il touche surtout les femmes ménopausées après un deuil ou un stress aigu comme une séparation. Les signes cliniques font penser à une crise cardiaque, c’est pourquoi on a mis longtemps à l’identifier.

Les animaux aussi éprouvent de la tristesse

La tristesse, comme toutes les émotions fondamentales, n’est pas le propre de l’homme. On rapporte de nombreux cas où des animaux (et pas que des primates) ont eu des comportements d’abattement intenses les conduisant, pour certains, à cesser de s’alimenter.

Tout le monde connaît le cas d’animaux de compagnie (chats et chiens) qui se laissent mourir après que leur humain de référence ait disparu. Mais même les animaux sauvages sont susceptibles de se laisser dépérir. Cet article rapporte le cas d’un cygne mort de tristesse après que des ados aient chassé son partenaire et détruit son nid.

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Tristesse et santé

Hormones et tristesse

Les hormones de la tristesse sont plutôt bien connues. Les taux de cortisol (une des hormones libérées en cas de stress) des personnes attristées est plus haut que la moyenne. Et c’est bien normal puisque l’abattement dont elles sont les victimes est le résultat d’une tentative d’adaptation de leur système corps-esprit pour faire face à un coup dur de la vie. Par ailleurs, dans les moments de tristesse, les taux des hormones et des neurotransmetteurs des circuits du plaisir et de la récompense (essentiellement endorphines et dopamine) sont plus bas que d’habitude. Tout est câblé pour que nous soyons prêt à nous mettre en retrait.

La plupart des personnes se trompent lorsqu’elles parlent du stress. Si vous voulez en savoir plus, je vous conseille d’aller lire cet article.

Tristesse ou dépression

C’est en observant la durée et l’intensité des manifestations psychophysiques que l’on peut faire la différence entre une tristesse (passagère, relative à un (ou des) événements précis) et une dépression (plus longue et qui ne fait pas forcément suite à un élément déclencheur immédiatement identifiable).

Malheureusement, depuis la dernière version du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, manuel de référence américain qui répertorie et fixe les maladies et troubles mentaux ainsi que leurs symptômes) et parce que l’industrie pharmaceutique a développé de nouvelles classes de molécules antidépressives, il n’est pas rare qu’une tristesse légitime (suite à un deuil, par exemple) soit médicalisée. Cette prise en charge – si elle n’est pas effectuée par un psychiatre compétent – va souvent plonger les personnes dans un système de dépendance face à ce genre de produit.

Notre société où il faut être toujours efficace, capable de travailler à un rythme infernal en étant toujours joyeux, nous pousse à refuser l’expression de cette émotion fondamentale, à la cacher et à traiter les personnes qui l’éprouvent (qui font preuve d’humanité, donc) comme des malades.

Il y a des circonstances où il est non seulement normal d’être triste mais où, si on ne l’est pas, on se coupe clairement d’un outil de progression personnelle ; ce qui serait vraiment dommage.

Alors, à quoi sert la tristesse ?

Comme je l’ai évoqué plus haut, la tristesse est une émotion qui nous oblige à (nous permet de ?) prendre du temps pour nous. Cette phase de repos, de retrait, de recul est indispensable pour “se refaire une santé” mais aussi pour créer un espace de réflexion essentiel pour modifier nos représentations à propos de ce qui nous arrive (de l’événement qui nous a affecté).

On ne peut pas “faire le deuil” de quelqu’un, d’une relation ou encore d’un travail en quelques jours et en occultant ce travail sur nous-mêmes, cette transformation intérieure nécessaire. On ne peut pas “passer à autre chose” en s’anesthésiant avec des médicaments, de l’alcool ou d’autres drogues.

Traverser la tristesse est un processus en 5 étapes

  1. le fracas : notre monde s’écroule et nous sommes incapable d’imaginer notre vie d’après
  2. le repli sur soi : nous ressentons le manque et nous nous sentons incompris par les gens qui nous entourent
  3. l’internalisation : la tristesse se mue souvent en colère contre nous-même, blessant notre amour-propre
  4. la colère envers les autres (le défunt, l’entreprise qui nous a congédié, l’ex-conjoint…) : nous voulons être vengé ou au moins reconnu comme une victime
  5. l’élévation et le retour à la vie : très progressivement, les activités que nous avions délaissées pendant cette phase de tristesse recommencent à nous intéresser

Il est essentiel de se laisser le temps de pleinement ressentir notre peine, de nommer les différentes émotions que nous ressentons au cours de ces 5 phases. La tristesse est en effet souvent associée à d’autres ressentis comme la colère, la frustration ou la surprise. C’est ce moment de retrait qui nous permet de nous auto-actualiser.

Comment va-t-on vivre sans cette personne, sans ce boulot ? Quel(s) rôle(s) jouait-elle dans notre vie ? Que doit-on modifier en nous pour surmonter cette perte ? Que pouvons-nous mettre en place pour nous protéger de ce genre de situations à l’avenir ?

Conclusion

Accepter d’être triste, c’est accepter d’être vulnérable. C’est accepter cette part de fragilité qui nous aide à progresser en tant qu’humain. Il serait vraiment dommage de se prémunir contre cette occasion de développer nos compétences affectives et relationnelles.

Toutes les émotions sont utiles, elles sont des indicateurs de dysfonctionnements et des occasions de progression personnelle. Apprenons donc à les vivre complètement plutôt que d’en avoir peur. C’est lorsqu’on les emmure qu’elles peuvent nous déborder et nous empêcher d’avancer.

Des références pour petits et grands

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