haltérophile qui porte des poids
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Cela fait quelques années que l’expression “charge mentale” est sortie des laboratoires de psychologie cognitive. Et depuis, le moins qu’on puisse dire c’est qu’on en entend beaucoup parler. Vous trouverez quelques éléments de compréhension dans cet article ainsi que des conseils pour limiter l’impact de ce type de surcharge dans votre vie.

Charge mentale ?

La charge mentale (ou cognitive) représente le coût de traitement d’une information, pour une personne, engagée dans une tâche et dans un contexte donnés.

Toutes les activités humaines engendrent donc une activité mentale. Jusqu’ici, tout va bien et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Le problème survient lorsqu’une personne doit effectuer dans un laps de temps insuffisant plusieurs activités (dont chacune engendre un coût de traitement) et que ce nombre dépasse sa capacité à le faire.

Capacité de traitement

Pour comprendre ce qui cloche, il nous faut revenir aux fondamentaux. Avant d’être stockées et (éventuellement) transformées et mémorisées dans votre Mémoire à Long Terme (MLT), les informations (au sens large) doivent être traitées (pré-traitées, en fait) dans une sorte de sas de décompression que l’on nomme la mémoire de travail (avant, on l’appelait “mémoire à court terme” en référence au fait que sa capacité était limitée dans le temps). On suppute des tas de choses sur le fonctionnement et la capacité de la MDT. Je ferais d’ailleurs bientôt une petite vidéo pour vous expliquer tout ça.

Mais ce qu’on sait déjà assez bien c’est que le nombre d’informations que l’on peut traiter en même temps est limité à 7 éléments (dont la taille et la complexité varient avec l’expertise de l’individu). On sait également que c’est au sein de la MDT que ces éléments sont (pré)transformés avant d’être transférés en MLT. Et c’est là une partie du problème de la surcharge mentale.

Surcharge d’informations

Une autre partie du problème concerne l’augmentation ahurissante, depuis une vingtaine d’années, du nombre et de la variété des informations que nous sommes censés pouvoir avaler en même temps. Et ça ne semble pas vouloir se calmer. Nous devons répondre à nos e-mails, garder un œil sur le potage, expliquer à notre conjoint au téléphone ce qu’il doit ramener du supermarché, nous rappeler de prendre rendez-vous avec le pédiatre et de dire à la plus âgée de nos filles de ranger sa chambre… Tout ça, en même temps et avec le sourire.

Sauf que…

Sauf que notre cerveau ne sait pas faire ce genre de choses. C’est un organe magnifique, qui peut devenir hyper-spécialisé ou généraliste en fonction des contextes (oui, il a toutes les qualités) mais surtout il a évolué et s’est adapté depuis 200 000 ans à traiter des formats et un nombre d’informations moins importants que ce à quoi nous le soumettons (7, on l’a vu plus haut).

Notre si belle machine, capable de saisir en moins de 100 ms une inflexion d’intonation subtile, de détecter un bref mouvement sur notre gauche, d’apprendre des dizaines de langues étrangères et de tenir en équilibre sur un vélo n’a pas eu le temps de muter et de s’adapter à la quantité faramineuse d’informations à laquelle on la soumet aujourd’hui.

Il n’est donc pas très étonnant qu’on soit de plus en plus nombreux à nous sentir complètement out, à péter les plombs ou à avoir l’impression que le temps s’accélère dangereusement. Nous agissons avec notre cerveau exactement comme si nous tentions de rejoindre la lune en sautant très très haut. Nous nous épuisons et les résultats sont loin d’être à la hauteur de nos espérances.

Parce que oui, c’est vrai : au delà d’un niveau de stimulations, notre cerveau ne répond plus et nos performances (quelles qu’elles soient) s’effondrent. Et si ça vous arrive ou vous est arrivé, ce n’est pas votre faute, c’est normal. Vous êtes un être humain normal doté d’un cerveau normal. Et un cerveau normal a besoin de repos !

Les burn-out silencieux

Tout le monde a déjà entendu parler du burn-out en milieu professionnel mais il est encore trop rare qu’on parle des autres types de burn-out. Si tout le monde comprend aisément que la pression de la hiérarchie sur un individu tout comme son grand engagement dans sa mission professionnelle puisse provoquer un burn-out, peu de personnes envisagent qu’on puisse être en surcharge mentale quand on est au chômage ou parent au foyer. Et pourtant ! Devoir penser à tout, tout le temps et prendre la responsabilité de toutes les tâches est un poids immense sur des épaules souvent déjà écrasées par le manque de sommeil et/ou le stress qui va avec le fait d’être au chômage et de ne pas réussir à retrouver du travail ou d’être au foyer avec un, deux, trois et parfois plus d’enfants à gérer.

La pression ressentie est d’autant plus grande parce qu’on se remplit de “Il faut que… Je dois… Je ne dois pas oublier de…”. On se sent tellement coupable de ne “rien faire” qu’on croit qu’on doit “tout faire” et même plus. Et plus on se sent coupable, plus on installe des standards élevés et plus les critères d’auto-appréciation sont hauts, moins on les atteint et plus on se sent coupable !

Bien entendu, quand on est au foyer ou au chômage, on ne fait pas rien mais ça, il faudrait qu’on soit suffisamment bien entouré pour le savoir. Il faudrait aussi que la société dans son ensemble accepte que ces deux activités sont des boulots à plein temps mais soyons réalistes, nous n’en sommes encore pas là (en France, notamment).

Que faire face à une surcharge mentale ?

La grande difficulté est de reconnaître cet état puisque la personne elle-même ne se rend pas du tout compte de ce qui lui arrive. Au contraire, elle s’adapte à une augmentation de plus en plus importante des activités à effectuer. Il y a une période où c’est même agréable de sentir qu’on maîtrise, qu’on peut tout traiter de front. On se sent un peu comme un super-humain. Les chefs nous félicitent, les conjoints trouvent génial qu’on cuisinent tout maison et les enfants multiplient les demandes d’assistance pour tout et n’importe quoi, sans compter les amis, la famille et les voisins. On est là pour tout et pour tous, tout le temps. On se sent indispensable et ça flatte notre ego dans le bon sens. Donc, on continue… et on se consume de l’intérieur, sans s’en apercevoir.

Quand on commence à entendre certaines personnes dire qu’on en fait trop, il est indispensable de leur prêter une oreille attentive.

Quelques étapes intéressantes pour sortir du cercle infernal de la surcharge mentale :

  • La première étape est de se mettre à l’écoute de soi, de s’arrêter un tout petit moment pour effectuer une introspection honnête.
  • Ensuite, il est possible d’essayer de pister les signes physiques, psychologiques et émotionnels précurseurs (une période de burn-in plus ou moins longue précède toujours la cassure).
  • Puis, prendre du repos (du vrai repos, pas des vacances à 100 à l’heure où on se dépêche de tout voir et de tout faire).
  • Mettre à plat (à l’écrit) tous ses engagements et “obligations”.
  • Sélectionner ensuite ceux qu’on veut garder et les prioriser.
  • Demander de l’aide et déléguer vraiment (ça s’apprend).
  • Accepter que tout ne soit pas fait avec nos propres standards (impossibles à atteindre pour le commun des mortels) c’est-à-dire lâcher du lest sur certaines choses pour se concentrer sur celles qui sont vraiment importantes.


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