Cette page fait partie du chapitre « Et le banquier dans tout ça ? » du Volume 3.


Histoire d’une révolution

Avant la Révolution, il n’y avait tout simplement pas de banque en France au sens où nous l’entendons maintenant. Dans les années 1700 et des brouettes, quelques établissements bancaires se créent toutefois dans des grandes villes mais ils sont destinés à soutenir l’armement, le développement des activités maritimes… et ne sont pas utilisés par les particuliers qui ont d’autres chats à fouetter. Les banquiers sont alors de riches étrangers (suisses et allemands notamment). Et là, en 1776, Turgot (un français, cette fois) crée la Banque d’escompte qui transforme les activités de banque en réelle activité commerciale très prospère.

La Révolution perturbe rapidement les conditions du crédit et plusieurs facteurs concomitants incitent les banquiers à liquider leurs affaires. Il faut dire aussi que les catholiques ont pas mal de réticences vis à vis de ce qu’ils appellent les « manieurs d’argent » puisque, comme tout le monde le sait, l’argent, c’est mal !

Et pis là hop, en 1799, les plus puissants des grands banquiers créent la Banque de France avec l’aimable autorisation de Bonaparte qui est mis au pouvoir par la grâce de ces mêmes banquiers (avouez que c’est pratique).

La Haute Banque, messieurs dames

De 1800 à 1860 environ, c’est l’avènement de la Haute Banque : un terme qui désigne une vingtaine de maisons de Paris tenues par de grandes familles. Pendant tout le 19ème siècle, ces grandes familles deviennent des banquiers-marchands et financent l’essor de la société industrielle que ce soit en soutenant l’extraction des matières premières ou en intervenant directement dans la construction des chemins de fer comme Rothschild, qui est alors le plus puissant des banquiers. D’ailleurs, le fils du susdit rentrera dans le conseil de régence de la Banque de France à 28 ans (parce que le père, de nationalité étrangère, n’a pas pu le faire en son temps). A cette époque, la Banque de France (joli nom qui sonne public mais qu’est donc privé, z’avez compris) bénéficie du monopole de l’émission de titres et de la fabrication de la monnaie.

A partir de 1860 environ, le Crédit lyonnais et la Société Générale vont mettre en œuvre l’innovation majeure du 19ème siècle : devenir des banques de dépôts destinées aux particuliers. Ils font pour cela la promotion de leurs services (chèques, titres…) et communiquent largement sur l’importance des intérêts que les déposants peuvent percevoir en leur confiant leurs avoirs. A la veille de la première guerre mondiale, le Crédit lyonnais est la première banque française avec plus de 600 000 titulaires de comptes.

Pendant la première guerre mondiale, les titulaires de comptes cherchent massivement à retirer l’argent des banques mais le gouvernement freine le truc en mettant en place un moratoire qui permet aux banques de ne rembourser les épargnants que très progressivement. L’entre deux guerres n’est pas plus glorieux pour les banques privées ; les banques publiques ou mutualistes se multiplient.

En 1936, la Banque de France est réformée par le Front populaire : les banquiers régents disparaissent (ils reviendront plus tard, quand la loi sera de nouveau de leur côté et leur facilitera les choses). En 1945, elle est même nationalisée par le Général de Gaulle qui en profite pour nationaliser aussi les 4 premières banques commerciales : Crédit lyonnais, Société générale, Comptoir national d’escompte de Paris et la BNCI. Comme quoi, c’est possible ! [D’ailleurs l’Islande ne s’est pas gênée pour le faire après la crise financière de 2008 au lieu de renflouer les banquiers privés avec l’argent des contribuables (nous) – mais ceci est une digression dans la digression…]

Publique ou privée ?

Désolée, je reprends. En 1966/67, la loi Debré, atténue la séparation entre banque d’affaires et banque de dépôts et autorise les fusions public/privé. Le CNEP et la BNCI (publics) fusionnent pour donner la BNP (Banque Nationale de Paris) qui devient une banque privée. Abracadabra !

En 1968, les accords de Matignon imposent le versement des salaires supérieurs à 1500 francs sur les comptes bancaires. C’est donc à ce moment là, alors qu’on assiste à une monétisation des rapports sociaux que nait véritablement la banque de détail.

Les banques coopératives se développent alors dans le monde rural et les banques populaires en ville. A l’époque, il existe un engagement moral des sociétaires les uns envers les autres puisqu’ils se prêtent réellement l’argent entre eux et c’est le conseil d’administration qui décide de l’octroi d’un prêt. Les critères de décision dépassent le registre économique puisque l’aspect « moral » des individus rentrent parfois en ligne de compte – le crédit mutuel par exemple, est proche des catholiques. A l’époque donc, les banques coopératives mettent en avant l’aspect moral plus que l’aspect commercial de leur activité – ouech gros (excusez-moi) !

Dans le même temps, les banques privées/publiques offrent une gamme de plus en plus étendues de services aux titulaires (financement de projet, prêts personnels, sicav, aide au logement…). Dans les années 70, de grosses compagnies comme Suez ou Paribas rachètent des établissements bancaires mais en 1982, le gouvernement socialiste intervient de nouveau pour nationaliser la plupart des établissements. Malgré cela, les grandes banques continuent de se rapprocher des compagnies d’assurance pour constituer avec elles des groupes financiers au montage complexe – pas mal comme système vu qu’en faisant ça, on n’y comprend que couic et qu’on peut toujours imaginer que not’ bonne vieille banque est toujours not’ bonne vieille banque.

Sauf que…

Avec les nationalisations du début des années 80, les banques sont considérées pratiquement comme des services publics alors même que dès 1984, et de manière tout à fait paradoxale, la loi permet une libéralisation de plus en plus importante des activités de ce secteur et une déréglementation du système bancaire. A ce moment là, les crédits aux entreprises stagnent mais les divers services aux particuliers explosent : crédits personnels, crédits revolving… C’est le début du marketing bancaire avec la typologisation des clients – la notion de « valeur client » apparaît, les plus rentables étant favorisés. Puisque dorénavant tout le monde doit disposer d’un compte bancaire, il s’agit pour la banque de rentabiliser au maximum chaque client. Nous reviendrons plus loin sur la notion de typologie des clients parce qu’il est très utile d’apprendre à utiliser cet outil à notre profit.

La plupart des banques sont désormais privées et de grands conglomérats se forment par la fusion de plusieurs d’entre elles.

Dès le début des années 90, la question de la tarification des services bancaires apparaît alors qu’avant les services étaient gratuits. Tu parles Charles, y’a pas de petit profit ! Dès lors, les clients peuvent également adopter un comportement de consommateur vis à vis de leur banque et faire marcher la concurrence parce que quand même hein, on n’est pas QUE des pigeons ! Mais bien entendu, et on le verra plus loin, pour pouvoir faire ça encore faut-il disposer d’informations suffisantes et d’une culture financière de base, ce qui n’est pas le cas de la plupart des personnes pauvres (sinon, y’a belle lurette qu’elles ne le seraient plus).

Voilà, c’est un résumé un peu rapide et bien entendu partiel (pour ne pas dire partial, ce qu’il est sans aucun doute) mais maintenant vous savez que non non non : payer des frais bancaires n’est pas une évidence et que ce n’est pas plus légitime qu’autre chose.

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